Mère corbeau ou mère courage ?

La place de la femme en entreprise des deux côtés du Rhin

 

 

 

 

Comparaison sur la situation dans les deux pays à l’occasion de la « journée internationale du droit des femmes ».


Il y a au moins un domaine où la France bat l’Allemagne : la place des femmes en entreprise. 

Mais dans les deux pays, si les femmes sont toujours plus nombreuses à travailler (+9% en Allemagne entre 2005 et 2015, +5% en France sur la même période (1) ), elles sont encore trop peu à faire partie des sphères dirigeantes.
Décryptage.

 

En Allemagne, les clichés ont la vie dure
Malgré une volonté politique de promouvoir le travail des femmes, la pression sociale reste forte. Le travail à mi-temps reste une solution largement adoptée par les femmes, et le cliché de la « femme corbeau (2)  » qui ose quitter le nid pour retravailler alors que sa place devrait être à côté de sa progéniture, a la vie dure.

La loi sur les quotas de 2015 devait changer la donne en fixant un seuil de 30% de femmes dans le cadre des renouvellements des conseils de surveillance des entreprises du DAX. Le résultat est encourageant puisque tous les nouveaux postes à pourvoir ont été pris à un tiers par des femmes qui forment désormais 27,5% des conseils. En revanche au sein des directoires, le mouvement tarde à se faire.  Dans 110 des 160 entreprises côtées au  DAX30, MDAX, SDAX, TecDAX, aucune femme n´est présente. Quand la France compte 40% de femmes parmi ses managers, elles ne sont ainsi que 22% outre-Rhin (3) .
En cause : au-delà des résistances sociales, un quota estimé trop faible (de nombreux pays comme la Norvège l’ayant fixé dès le début à 40%), le manque de sanctions financières en cas de non-respect de la loi et l’absence de critères tels que l’égalité salariale homme-femme.

En France : en progrès, mais « peut mieux faire »

Dans l’Hexagone, la loi Copé-Zimmermann de 2011 semble avoir permis de changer les mentalités, et les entreprises du CAC 40 continuent de « féminiser » leurs conseils d’administration. Depuis l’entrée en vigueur de la loi, deux femmes (après Elisabeth Badinter, présidente de Publicis) ont été nommées présidente d’une société du CAC 40 (4) , une première dans l’histoire française.

Mais pas de quoi s’enorgueillir pour autant : seulement une des trois a une fonction « exécutive ». Même son de cloche au SBF 120 : le nombre de femmes aux commandes d’une entreprise ne dépasse pas le nombre de deux (5). Il reste donc beaucoup à faire avant de voir en France, à l’instar des Etats-Unis, des figures emblématiques féminines à des positions stratégiques en entreprise (Carly Fiorina chez HP, Mary Barra chez General Motors…).

 

L’égalité salariale, trop souvent oubliée

Qu’il s’agisse de la France ou de l’Allemagne, un gros travail doit encore être fait pour atteindre l’égalité des salaires entre hommes et femmes (une femme allemande gagne près d’un tiers de moins que son homologue masculin, et la Française environ 22% de moins). Il faudrait également revaloriser les emplois à prédominance féminine, ce que le Canada et les pays nordiques s’attellent déjà à faire. Mais selon l’économiste Rachel Silvera (6) , sans surprise, « ces mesures sont loin d’avoir du succès dans les pays où les inégalités restent élevées ».

A suivre…

 

 

(1) Chiffres Eurostat : http://appsso.eurostat.ec.europa.eu/nui/setupDownloads.do

(2) « Rabenmutter » : terme utilisé pour désigner une femme « abandonnant » ses enfants pour retourner au travail après la naissance de son enfant, à l’instar de la femelle corbeau qui abandonne ses petits dans le nid et les laisse seuls subvenir à leurs besoins.

(3)  Chiffres Eurostat :   http://ec.europa.eu/eurostat/documents/2995521/7897000/3-06032017-AP-FR.pdf

(4) Sophie Bellon (Sodexo) et Isabelle Kocher (Engie)

(5) Méka Brunel (Gecina) et Sophie Boissard (Korian)

(6) Auteure du livre Un quart en moins. Des femmes se battent pour en finir avec les inégalités de salaires - Éditions La Découverte (2015)

 

Laetitia Poulallion - 13 mars 2017