Le Traité de l’Elysée fête aujourd’hui son 54ème anniversaire.

 

Mais que dit au juste ce contrat de mariage?

 

22 janvier 1963, Konrad Adenauer et Charles de Gaulle signent en grande pompe le Traité de l’Elysée. Célébré depuis par tous les gouvernements successifs, ce texte est devenu un mythe. Tout d’abord parce qu’il met fin à une rivalité centenaire entre la France et l’Allemagne, et ce dans un contexte d’après-guerre toujours tendu : moins de 10 ans avant sa signature, Paris faisait encore capoter le projet d’armée européenne par peur du « danger prussien ». Mythique aussi parce qu’il est la base sur laquelle les deux pays ont construit une relation sans équivalent dans l’Histoire. Pour l’heure, aucun autre tandem d’Etats n’a développé une proximité aussi forte. Et c’est bien pour cela que Coréens et Japonais s’intéressent de près au Traité de l’Elysée, pour préparer leur propre réconciliation.

 

Pourtant ce texte très court (à peine 1800 mots, soit quatre pages word) ne prévoit pas grand-chose en termes d’obligations. Aucune politique commune, aucun engagement financier chiffré, aucun projet détaillé. Sa force réside dans la simplicité de son principe : il oblige les deux gouvernements à se parler en permanence - et de bonne foi - sur tous les sujets d’importance. Flexible et général, on pourrait ne voir dans le Traité de l’Elysée qu’un simple cadre de coopération, il est pourtant depuis plus de 50 ans un puissant outil de convergence, une sorte de loi fondamentale de la relation franco-allemande ou, pour filer la métaphore du couple, un contrat de mariage, dont voici les grandes dispositions :

1. Dialogue politique : les responsables des deux pays doivent se rencontrer régulièrement et à tous les niveaux

Le traité prévoit des obligations très précises dans ce domaine :

- les chef de l’Etat doivent se réunir au moins deux fois par an ;
- les ministres des Affaires étrangères doivent se réunir tous les trois mois, leurs hauts-fonctionnaires en charge des affaires politiques, économiques et culturelles tous les mois ;
- les ministres de la Défense doivent également se réunir tous les trois mois et leurs chefs d’Etat-major au moins une fois tous les deux mois ;
- enfin, les deux pays ont obligation de « se consulter sur toutes les questions d’importance avant de prendre une décision ».

 

2. Défense : les deux armées doivent échanger et travailler ensemble

Deuxième point-clef du traité, et sujet d’une brûlante actualité, Paris et Berlin s’engagent à « rapprocher leurs doctrines en vue de conceptions [stratégiques] communes » pour favoriser la coopération opérationnelle entre les armées française et allemande. Outre les rencontres au niveau de l’Etat-major (voir plus haut), il prévoit :

- la création d’instituts franco-allemands de recherche opérationnelle ;
- la création de commissions mixtes sur les projets d’armement pour analyser les domaines où des synergies et projets communs sont possibles ;
- des échanges réguliers entre professeurs et élèves-officiers, avec un focus sur l’apprentissage de la langue du partenaire durant la période de formation.

C’est sur ces dispositions que plusieurs initiatives militaires fortes ont pu être lancées, comme le Conseil Franco-Allemand de Défense et de Sécurité (CFADS) réunissant le chefs d’Etat, les ministres et les chefs d’Etat-Major tous les six mois, la Brigade franco-allemande créée en 1989, des programmes d’échange permettant aux élèves-officiers de débuter leur formation dans l’autre pays, l’Ecole franco-allemande du Tigre (EFA) pour former les pilotes de l’hélicoptère du même nom etc.

 

3. Education : les deux gouvernement doivent œuvrer au rapprochement de leurs jeunesses et promouvoir la langue de l’autre

Troisième point - et peut-être le plus important -, les deux Etat s’engagent à créer des ponts entres leurs sociétés civiles pour favoriser leur compréhension mutuelle. Cette injonction passe par des efforts en termes de promotion de la langue du partenaire et la création d’établissements permettant aux jeunesses de mieux se rencontrer.

Les deux pays s’engagent donc :

- à s’efforcer de prendre « des mesures concrètes en vue d’accroître le nombre des élèves allemands apprenant la langue française et celui des élèves français apprenant la langue allemande ;

- de prendre les dispositions nécessaires pour faciliter les équivalences de diplômes et d’examens ;

- de soutenir activement les initiatives permettant le rapprochement entre les deux jeunesses ;

- de créer un « organisme destiné à développer [le rapprochement de la jeunesse] et promouvoir les échanges » avec, à sa tête, un conseil d’administration autonome et disposant d’un financement commun franco-allemand.

 

Cette dernière disposition est directement à l’origine d’un organisme bien connu des jeunes Français et des jeunes Allemands : l’Office franco-allemand de la Jeunesse (OFAJ). Les premières ont permis la création des Lycées franco-allemands en 1972, aujourd’hui au nombre de trois (Buc, Fribourg et Sarrebruck) et délivrant un baccalauréat commun. Quant à l’obligation de favoriser la langue du partenaire, elle a permis le lancement de l’Abibac, des classes européennes, la multiplication des échanges interscolaires etc. Des initiatives nombreuses, certes, mais qui n’auront quand même pas enrayé la chute du français en Allemagne et de l’allemand en France. (voir notre article de blog du 13 décembre 2016). Un signal d’alarme révélateur de l’état de la relation franco-allemande : sans intérêt commun et sans amour, un mariage se délite. Et ce n’est pas un contrat qui le sauvera.

 

 

Christophe Gauer - 22 janvier 2017