Merkel plébiscitée

 

Décryptage : si le résultat obtenu par l'alliance CDU/CSU est sans appel, la constitution d'une coalition se résume pour Merkel à un casse-tête. Sur le papier, une coalition entre le SPD, les Verts et le parti de gauche radicale, die Linke, est possible.

 

Les Allemands ont voté. Premier constat : c'est un plébiscite pour Angela Merkel. On s'y attendait. Mais plus qu'un plébiscite, c'est un triomphe que les électeurs lui ont offert. Avec un bond de près de 8%, la CDU et son allié CSU sont clairement les grands gagnants et Angela Merkel devrait pouvoir entamer son troisième mandat. Mais avec qui va-t-elle désormais gouverner?

 

Source : Bundeswahlleiter / Statistisches Bundesamt - Graphiques : B2P

 

 

Là, réside la question essentielle et le deuxième constat : l'éjection du Bundestag de son allié libéral, une première depuis 1949, la place face à une équation complexe. Il lui manque 5 sièges pour une majorité absolue puisque le nouveau Bundestag comptera cette fois 630 députés et quatre partis représentés. Il va donc falloir qu'elle compose et les candidats ne se pressent pas au portillon. Si plus de 70% des électeurs sont visiblement en faveur d'une grande coalition entre les deux grands partis allemands, les sociaux-démocrates trainent des pieds. Le candidat social-démocrate, Peer Steinbruck, ministre des finances dans l'ère Merkel a de son côté clairement exclu d'intégrer une nouvelle fois un gouvernement Merkel. La dernière expérience a entrainé le SPD aux abimes. Les Verts, déchirés par un résultat très décevant, pourraient-ils répondre aux sirènes de la chancelière? La CSU bavaroise y est fermement opposée. Et sur certains sujets les deux lignes semblent difficilement compatibles.

 

Troisième constat : sur le papier, une coalition entre le SPD, les Verts et le parti de gauche radicale, die Linke, est possible et les chances de Peer Steinbrück de devenir chancelier ne sont pas égales à zéro. Le SPD, qui réunit en fin de semaine ses délégués, va devoir trancher. Un dilemme existentiel. Il n'est pas en position de force pour faire son entrée dans un gouvernement Merkel. Au plus il y jouera les seconds violons même si avec une majorité solide au Bundesrat, la chambre Haute, il dispose d'un contre-pouvoir. Difficile par ailleurs de jouer la carte de nouvelles élections. Le risque est trop grand que la CDU/CSU y obtienne une majorité absolue. Doit-il ainsi prendre le risque de s'allier avec la gauche radicale, quitte à ignorer les souhaits des électeurs en faveur d'une grande coalition, pour avoir une chance de ré-exister ? Un scénario qui ne fonctionnera toutefois que s'il arrive à canaliser die Linke et si la conjoncture économique suit. Or même si les experts prédisent à l'Allemagne une croissance de plus de 1,7% en 2014, les défis des prochaines années ne sont pas à sous-estimer.

 

Outre une démographie qui va l'handicaper après lui avoir donné du répit sur le front du chômage, l'Allemagne va sentir le poids d'un tournant énergétique mal préparé, d'investissements en infrastructures mis au régime minceur, d'une société de plus en plus à deux vitesses et de marchés étrangers qui pourraient s'essouffler avec une Chine qui n'a pas prévu de laisser éternellement aux industriels allemands le rang de leader incontesté du haut de gamme. Pas sûr dans ces conditions que le modéré Steinbrück veuille prendre le risque de diriger avec des alliés encombrants.

 

Sitôt le résultat des élections connu, les organisations patronales sont d'ailleurs montées au créneau. Par la voix du président de la confédération du patronat allemand (BDI), Ulrich Grillo, elles ont réclamé au plus vite une réforme du tournant énergétique, la mise en place d'une offensive en matière d'investissements et l'approfondissement de l'Union monétaire européenne. Et d'appeler à une grande conférence sur l'énergie dans les 100 premiers jours du gouvernement. Les syndicats de leur côté exigent une nouvelle régulation du marché du travail pour restreindre le recours au travail intérimaire et une modification de la législation sur les retraites pour plus de flexibilité.

 

Quatrième constat : l'Allemagne va donc être plongée d'ici à la fin octobre dans des négociations très complexes qui ne lui laissera guère le temps de se préoccuper de l'Europe. Même si Merkel portait résolument les couleurs européennes en cette soirée électorale, elle va devoir d'abord trouver une majorité chez elle et ferrailler pour mettre sur papier avec force détails les projets pour les 4 prochaines années. A moins qu'elle ne soit contrainte de rejoindre les rangs de l'opposition. Même si Peer Steinbrück a indiqué que la balle était désormais dans le camp de Merkel, c'est plus le SPD qui doit frapper le premier.

Bénédicte de Peretti - 23 septembre 2013