Les élections européennes 2014 vues par la presse allemande

 

Les médias allemands ont largement relayé les élections européennes ces dernières semaines, en se concentrant sur les enjeux européens du scrutin. Aujourd’hui, ils s’interrogent sur les raisons de la montée de l’euroscepticisme et l’impact des élections sur le fonctionnement de l’UE.

 

1.    Elections au niveau européen : un résultat mitigé
De manière générale, les médias allemands sont partagés sur le bilan à tirer des élections au niveau européen. La poussée des eurosceptiques est perçue comme un signal négatif pour l’Europe : elle traduit une forme de défiance de la population et pourrait pousser certains pays à compromettre le travail de l’UE, selon  eux.    

 

-    Des élections européennes plus démocratiques, qui auront un impact positif sur les institutions de l’UE : plusieurs quotidiens ont salué la campagne menée par Jean-Claude Juncker et Martin Schultz pour la présidence de la Commission, ainsi que la tenue d’un scrutin simultanée dans les Etats-membres. Cela a donné plus de visibilité aux élections européennes et rendu le Parlement plus légitime. Le Parlement apparaît donc renforcé face aux autres institutions de l’UE

 

-    Une forte poussée eurosceptique: tous les grands médias se sont inquiétés des résultats obtenus par les partis eurosceptiques en France, au Royaume Uni, en Autriche, en Scandinavie etc. Leur victoire est généralement interprétée comme la conséquence de la crise économique (chômage, croissance faible dans le sud de l’Europe), de la peur de l’immigration et d’une déception vis-à-vis de l’UE

-    Un signal négatif pour l’Europe: selon les médias,  la montée des parties populistes en Europe n’aura pas d’impact réel sur le fonctionnement du Parlement européen. Si ces derniers peuvent créer un groupe parlementaire, ils sont jugés trop hétérogènes et trop peu nombreux pour avoir une influence réelle. Mais leurs résultats montrent que l’UE doit changer, CAD que les élites européennes devront mieux prendre en compte les inquiétudes et la perception des populations, notamment dans le choix du futur président de la Commission. En outre, elle risque de pousser certains Etats à freiner l’intégration européenne

-   Des divergences fortes entre les pays : D’après les observateurs, ceci risque d’accroître le fossé entre « pays créanciers » et « pays débiteurs » au sein de l’UE, les pays du sud ayant surtout voté pour des partis refusant « la rigueur », CAD pour des eurosceptiques ou pour Matteo Renzi en Italie.

 

 

2.    En Allemagne : une stabilité  réconfortante
De manière générale, la presse a salué la grande stabilité des résultats en Allemagne, les électeurs ayant voté « comme d’habitude » contrairement à la plupart des autres grands pays. Ces élections ne donnent lieu à aucun « bouleversement »:

 

-    Les élections ont renforcé la grande coalition : elle semble avoir « passé le test de popularité » (Welt Online, 27.05.14) et a aujourd’hui l’opportunité de mener des réformes importantes pour le pays (TE, politique européenne etc.). Cette situation est généralement perçue comme un signe très positif pour l’Allemagne et la santé de son système politique

-    AfD a obtenu un succès assez limité : si le score réalisé reste non négligeable, le résultat reste moins élevé que prévu. Il semble que ce soit surtout les hommes de plus de 60 ans qui aient voté pour l’AfD, ainsi qu’une partie des anciens électeurs du FDP.

 

 

3.   En France : un FN menaçant, signe d’une crise profonde
La presse allemande a jugé sévèrement la victoire du FN:

-    Le résultat d’une crise profonde : elle est la conséquence d’un déclassement économique et d’une défiance forte vis-à-vis des élites et de l’UE. Pour Spiegel Online (26.05.14), « La force du FN et la conséquence logique de la faiblesse de la France » et ce résultat est « surtout dû à la frustration des électeurs vis-à-vis de la misère économique du pays et de sa morosité politique ». Pour plusieurs commentateurs, les échecs et l’impopularité de F. Hollande expliquent aussi ce résultat. Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, n’a pas hésité à qualifier le Front National de " parti fasciste"

-    Un danger pour la France : selon certains articles, la montée du FN traduit un vrai risque de repli. HB (27.05.14) écrit : « Depuis la victoire du FN, la Liberté risque de se transformer en protectionnisme, l’Egalité en racisme, la Fraternité en nationalisme ». En outre, F. Hollande risque d’être incapable de gouverner encore 3 ans, ce qui laisse présager une incertitude sur la stabilité interne de la France et sa faculté à mener des réformes
 
-    Un impact négatif pour l’Europe et l’Allemagne
: pour Spiegel Online (26.05.14), « La Grande Nation devient un Grand Problème » en Europe car le renforcement du FN pose la question de l’avenir du pays dans l’UE. L’Allemagne risque de voir son principal partenaire affaibli et des industriels ont déjà exhorté les partis français et européens à « cesser de voir l’UE comme un bouc émissaire », à l’instar de Martin Wansleben,  secrétaire général de la DIHK (HB, 26.05.14).

 

 

4.    Pour la présidence de la Commission européenne : les jeux ne sont pas faits
La presse allemande montre un fort intérêt pour le choix du futur président de la Commission. Si Juncker est perçu comme le candidat ayant le plus de chances de l’emporter grâce à la majorité du PPE, la presse estime que les jeux ne sont pas faits, Martin Schultz ayant encore ses chances de rassembler une majorité.

 

Schultz sort en effet renforcé des élections, le PSE ayant augmenté le nombre de ses sièges alors que Juncker doit faire face à plusieurs obstacles.  L’ex-premier-ministre luxembourgeois devra faire preuve d’habileté s’il veut obtenir la majorité absolue au Parlement et avoir un large soutien au Conseil (2/3). D’autant qu’Angela Merkel, qui s’était pourtant déclarée en sa faveur, laissé désormais planer le doute sur son soutien. Ceci a suscité une réaction du SPD - relayée par plusieurs médias - qui estime que la chancelière « tromperait » ses électeurs en agissant ainsi. Pour le SPD, le président de la Commission doit avant tout tirer sa légitimité du Parlement européen, et non des Etats-membres.

 

 

(Christophe Gauer - 28 mai 2014)